Près d'une personne stomisée sur deux développe une irritation cutanée péristomiale au cours de sa vie, selon les données épidémiologiques de B. Braun Belgique. Pourtant, 87 % des stomisés rapportent des démangeaisons sans jamais les signaler spontanément à un professionnel de santé, ce qui retarde la prise en charge et aggrave les lésions. Plus alarmant encore : jusqu'à 56 % des personnes présentant une affection cutanée péristomiale sévère déclarent ne souffrir d'aucune affection cutanée — même les cas les plus graves sont banalisés ou non identifiés par les patients eux-mêmes. D'où vient cette rougeur, quels produits utiliser pour y remédier, et surtout, quand faut-il consulter ? Chaque type d'irritation de la peau péristomiale d'une stomie nécessite un traitement spécifique — appliquer le mauvais soin revient souvent à empirer la situation. À Berchem-Sainte-Agathe, Christian Feukou et l'équipe de FC Care accompagnent au quotidien les patients stomisés à domicile, en évaluant l'état cutané, en adaptant l'appareillage et en orientant vers un spécialiste lorsque la situation l'exige.
Avant de chercher un traitement, il faut savoir reconnaître l'état normal de sa stomie et de la peau qui l'entoure. Une stomie saine doit être rouge et brillante, semblable à l'intérieur de la bouche. La peau péristomiale, quant à elle, doit être lisse, sans rougeur ni éruption, identique au reste de l'épiderme abdominal. Tout écart — rougeur, démangeaison, brûlure, gonflement — signale une complication nécessitant une prise en charge. Attention toutefois à ne pas confondre la rougeur normale de la muqueuse de la stomie avec une rougeur péristomiale pathologique : seule la peau entourant la stomie doit être évaluée. Ce repère simple, rappelé par ConvaTec et Hollister, permet au patient de détecter précocement une anomalie, avant que le cercle vicieux lésion/fuite ne s'installe.
Une fois ce repère visuel acquis, il faut identifier le mécanisme en cause. La peau péristomiale — c'est-à-dire la zone cutanée située dans un rayon pouvant atteindre 10 cm autour de la stomie — est soumise à des agressions multiples. Les effluents d'iléostomie figurent parmi les agents les plus corrosifs : ces selles liquides peuvent léser la peau en très peu de temps. En phase initiale, on observe une rougeur accompagnée de gonflement et de démangeaisons. Si les fuites persistent, des cloques apparaissent, pouvant mener à une ulcération, c'est-à-dire une perte de substance cutanée.
L'arrachement répété de la plaque adhésive constitue une autre cause directe de lésions, souvent sous-estimée. Retirer brutalement le support, changer le système trop fréquemment ou frotter la peau lors du nettoyage traumatise l'épiderme déjà fragilisé. La transpiration et l'humidité jouent également un rôle déterminant : elles compromettent l'adhérence de la plaque, favorisent les fuites et créent un environnement propice aux infections fongiques sous le support.
Deux facteurs anatomiques spécifiques augmentent directement le risque de dermatite péristomiale et doivent être évalués dès la pose de la stomie (ainsi qu'après toute variation de poids significative) : une peau qui plisse lors des changements de position (debout, assis, couché) empêche l'adhérence uniforme de la plaque et crée des zones de fuite ; une stomie affleurante ou insuffisamment saillante empêche le positionnement correct des effluents vers la poche. Ces deux facteurs constituent des indications directes pour le recours à un support convexe et/ou à des anneaux de protection dès le premier appareillage. Attention cependant : le niveau de convexité doit être déterminé par un stomathérapeute, car une convexité inadaptée peut provoquer des lésions par pression excessive sur la stomie.
Certains patients développent aussi une réaction allergique aux composants de l'adhésif lui-même. Ce mécanisme est souvent confondu avec une simple irritation, alors qu'il exige un changement de matériel et non un renforcement de la protection cutanée. Le résultat de toutes ces agressions est un cercle vicieux redoutable : la peau abîmée empêche une bonne adhérence de la plaque, ce qui génère davantage de fuites, lesquelles aggravent les lésions — et ainsi de suite. C'est pourquoi un suivi infirmier spécialisé dans les soins de stomie permet de briser ce cercle dès les premiers signes.
???? À noter : le chiffre de 56 % de patients ne se plaignant d'aucune affection cutanée alors même qu'ils présentent des lésions péristomiales sévères (données B. Braun Belgique) justifie une évaluation systématique de la peau par l'infirmier à chaque visite, indépendamment des plaintes exprimées par le patient.
Pour choisir le bon traitement contre l'irritation de la peau péristomiale d'une stomie, il faut d'abord savoir à quel type de lésion on fait face. La dermatite irritative de contact est la plus courante. Elle se manifeste par une rougeur, une sensation de brûlure et des démangeaisons localisées là où les effluents ont fui. Sa cause principale ? Un orifice de découpe trop large — au-delà de 3 mm autour de la stomie, la peau se retrouve directement exposée aux selles ou à l'urine.
La dermatite allergique de contact se reconnaît à un signe distinctif : la rougeur dessine exactement la forme de la plaque adhésive, comme un calque. Si vous observez ce schéma, il s'agit d'une allergie à un composant de l'adhésif. Le traitement prioritaire consiste à changer de marque ou de type de support et à appliquer un spray d'hydrocortisone topique, en laissant bien absorber avant de reposer la plaque. Appliquer une poudre protectrice dans ce cas n'aurait aucun effet.
La folliculite, elle, se présente sous forme de pustules au niveau des follicules pileux sous la plaque. Beaucoup plus fréquente chez l'homme en raison de la pilosité abdominale, elle est souvent aggravée par l'utilisation d'un rasoir mécanique, à proscrire absolument. Préférez une tondeuse ou des ciseaux pour couper les poils ras. Si la folliculite est déjà installée, un geste de soin essentiel s'impose : nettoyer exclusivement par tamponnement, jamais par friction. Frotter une peau déjà inflammée aggrave les lésions pustulaires, dissémine les bactéries et étend la zone atteinte. Ce point est directement applicable à domicile par le patient ou l'infirmier.
La candidose — infection à levures du genre Candida — se manifeste par des plaques rouges avec un aspect satellite caractéristique, parfois accompagnées d'un dépôt blanchâtre. Favorisée par la chaleur et l'humidité piégées sous la plaque, elle nécessite un antifongique en poudre (nystatine, sur prescription médicale) et non une crème grasse, qui empêcherait l'adhérence du support.
Enfin, l'hyperplasie pseudo-épithéliomateuse concerne spécifiquement les urostomies. Des nodules grisâtres, semblables à de petites verrues, apparaissent en réaction à un contact prolongé avec l'urine. La bonne nouvelle : cette lésion disparaît spontanément en quelques semaines dès lors qu'un appareillage étanche interrompt le contact cutané avec l'urine.
???? Exemple concret : Hélène Vandenberghe, 63 ans, porteuse d'une iléostomie depuis huit mois, observait depuis trois semaines une rougeur persistante sous sa plaque. Persuadée qu'il s'agissait d'une irritation liée aux fuites, elle augmentait la quantité de poudre protectrice à chaque changement — sans amélioration. Lors d'une visite à domicile, l'infirmier a constaté que la rougeur reproduisait exactement la forme rectangulaire de la plaque adhésive, sans débordement vers la zone exposée aux effluents : il s'agissait en réalité d'une dermatite allergique de contact. Le passage à un support d'une autre marque, associé à l'application d'un spray d'hydrocortisone topique, a permis la disparition complète de la rougeur en cinq jours. Ce cas illustre pourquoi le diagnostic précis du type de lésion conditionne l'efficacité du traitement.
Plusieurs catégories de produits de protection cutanée sont disponibles en pharmacie en Belgique et répondent chacune à une indication précise. La poudre protectrice (Brava™, Orahésive) absorbe l'humidité sur une peau suintante. Elle se saupoudre directement sur la lésion, puis se fixe par tamponnement avec une compresse humide. Il faut retirer les excès sur peau sèche avant de poser le support. Ce produit est disponible notamment sur Pharmazone.be.
Le film barrière, en spray ou lingette (Cavilon NSBF 3M, Silesse), dépose une couche sacrificielle entre la peau et l'adhésif de la plaque. Particulièrement indiqué pour les peaux sensibles et les dermatites péristomiales, il protège sans créer d'humidité supplémentaire. Pour les patients souffrant d'irritations récurrentes, l'association poudre protectrice et film barrière peut créer une surface adhésive même sur une peau abîmée.
La pâte de nivellement (Brava tube, Stomahésive, Adapt) comble les plis cutanés et cicatrices pour créer une surface plane et étanche autour de la stomie. Dans les plis profonds, superposez la pâte en couches successives avec 30 secondes de séchage entre chaque application. Attention : la pâte contenant de l'alcool (comme certaines formulations en tube) ne doit jamais être appliquée sur une plaie ouverte — privilégiez alors les barrettes ou anneaux sans alcool (Brava, Adapt). Un repère sensoriel simple permet d'identifier la présence d'alcool sans lire l'étiquette : une sensation de brûlure immédiate lors de l'application indique une formulation alcoolisée (c'est le cas par exemple de la pâte Coloplast en tube), tandis que les barrettes Brava ou la gamme Adapt, sans alcool, n'occasionnent aucune brûlure même sur peau lésée. Les anneaux de protection (Eakin Cohesive, Brava) renforcent l'étanchéité et conviennent à tous les types de stomies, sauf en présence de plaies ouvertes.
⚠️ Conseil : en complément des produits déjà cités comme étant à proscrire (Bétadine, alcool, crème avec lotion), trois autres produits couramment utilisés par réflexe par les patients sont formellement contre-indiqués lors du nettoyage péristomial : les lingettes pour bébé (elles laissent un film résiduel incompatible avec l'adhésif), l'éther (qui assèche et fragilise l'épiderme) et les parfums (irritants et allergisants sur peau fragilisée). Les médicaments stéroïdiens sous forme d'onguents gras sont également à proscrire sous la plaque car ils empêchent l'adhérence. Communiquez cette liste au patient et à son entourage dès la sortie d'hospitalisation.
L'adaptation de l'appareillage est un geste thérapeutique à part entière. La première vérification concerne la découpe de l'orifice de la plaque : la marge recommandée est de 2 à 3 mm autour de la stomie. Un orifice trop large expose la peau aux effluents — première cause de dermatite irritative. Un orifice trop serré provoque une ulcération par compression mécanique : en dessous de 1 mm entre le bord de la découpe et la stomie, la plaque entre en contact direct avec la muqueuse et provoque une lésion distincte de la dermatite irritative, nécessitant un élargissement de la découpe et non une protection cutanée. Ce repère chiffré permet une vérification concrète à chaque changement. En post-opératoire, la stomie rétrécit au cours des six premières semaines : il faut donc remesurer régulièrement avec un stomimètre.
Le choix du type de support joue également un rôle décisif. Un support convexe est indiqué lorsque la stomie est affleurante (au même niveau que la peau), en cas d'abdomen creusé ou de plis abdominaux importants. La convexité crée la pression nécessaire pour faire ressortir la stomie et orienter les effluents vers la poche, là où un support plat échouerait. Un système deux pièces offre un avantage supplémentaire : il permet de changer la poche sans décoller le support cutané, réduisant ainsi les traumatismes mécaniques à chaque changement.
La consistance des selles détermine par ailleurs le type de poche à utiliser, avec un impact direct sur la prévention des fuites et des irritations. Pour les selles solides, les poches scellées (une pièce) sont recommandées. Pour les selles liquides ou semi-liquides — situation constante en cas d'iléostomie — les poches de vidange sont indispensables : elles permettent un vidage fréquent, réduisant la pression interne et le risque de fuite sous la plaque, premier mécanisme de dermatite irritative dans ce contexte. Une poche scellée utilisée en cas de selles liquides abondantes constitue une erreur d'appareillage directement responsable de fuites répétées. Ce choix doit être réévalué en cas de modification du transit (changement alimentaire, chimiothérapie, infection digestive).
Le retrait de la plaque lui-même exige une technique précise : appuyez la peau d'une main, décollez lentement de l'autre dans le sens de la pousse du poil. L'utilisation d'un produit de retrait d'adhésif (spray ou lingette détachante) réduit significativement les lésions. Pour le nettoyage, utilisez uniquement de l'eau tiède et séchez par tamponnement. Proscrivez tout antiseptique (Bétadine), alcool, crème ou savon avec lotion — ces produits fragilisent la peau ou réduisent l'adhérence de la plaque.
???? À noter : la consistance des selles peut varier dans le temps sous l'effet de facteurs multiples (alimentation, chimiothérapie, antibiotiques, infection digestive). Chaque changement significatif du transit doit amener à reconsidérer le type de poche utilisé — et non simplement à augmenter la fréquence de changement de la plaque. Signalez toute modification à votre infirmier à domicile pour qu'il adapte l'appareillage en conséquence.
Certains signaux imposent une consultation sans délai auprès d'un médecin ou d'un stomathérapeute :
Pour les urostomies, la présence de cristaux phospho-calciques (dépôts calcaires grisâtres rendant la peau épaisse et douloureuse) nécessite un traitement local par application d'un mélange eau/vinaigre blanc à parts égales pendant 10 minutes lors de chaque changement de support, accompagné d'un examen cytobactériologique des urines (ECBU). Si l'ECBU est positif, une antibiothérapie adaptée est nécessaire pour traiter l'infection urinaire sous-jacente qui alcalinise les urines et favorise les dépôts. Si le pH urinaire est alcalin sans infection documentée, des conseils hygiéno-diététiques spécifiques doivent être prodigués par le stomathérapeute : augmentation de l'apport hydrique et acidification des urines par l'alimentation.
La prévention repose sur des gestes simples mais réguliers. Adaptez le gabarit de découpe avec un stomimètre à chaque fois que la taille ou la forme de votre stomie évolue. Respectez la fréquence de changement recommandée : tous les 2 à 3 jours pour les systèmes deux pièces, 1 à 2 fois par jour pour les poches une pièce. Surveillez les facteurs de risque aggravants : chimiothérapie (qui multiplie par 2,5 le risque de complications cutanées), selles liquides, pilosité abdominale et transpiration excessive.
Le suivi régulier par un infirmier à domicile et un stomathérapeute reste indispensable pour détecter les complications avant qu'elles ne s'aggravent et pour accompagner le patient vers une plus grande autonomie dans la gestion quotidienne de sa stomie.
???? Exemple concret : Marc Devriendt, 71 ans, colostomisé depuis quatre mois à la suite d'un cancer colorectal, utilisait par habitude des lingettes pour bébé pour nettoyer sa peau péristomiale avant de reposer la plaque. Malgré une découpe correcte et un support adapté, sa plaque se décollait systématiquement au bout de 24 heures au lieu des 48 à 72 heures attendues, provoquant des fuites et une dermatite irritative chronique. Lors d'une visite à domicile, l'infirmier de FC Care a identifié la cause : le film résiduel laissé par les lingettes empêchait l'adhésif de la plaque d'adhérer correctement à la peau. Le remplacement des lingettes par un nettoyage simple à l'eau tiède suivi d'un séchage par tamponnement a permis de retrouver une adhérence normale de la plaque en deux changements — et de résoudre l'irritation en moins d'une semaine.
C'est précisément cette mission que remplit FC Care à Berchem-Sainte-Agathe. Christian Feukou, infirmier à domicile, assure l'évaluation de la peau péristomiale, l'adaptation de l'appareillage et la coordination avec les médecins traitants et les spécialistes. Chaque patient bénéficie d'un suivi personnalisé, à son domicile, dans le respect de son rythme et de ses besoins. Si vous résidez à Berchem-Sainte-Agathe ou dans les communes voisines de Bruxelles et que vous êtes confronté à une irritation péristomiale ou à toute complication liée à votre stomie, n'hésitez pas à contacter FC Care pour une prise en charge rapide, humaine et professionnelle.