Un ulcère de jambe est une plaie d'origine vasculaire qui persiste depuis plus de six semaines malgré un traitement adapté — une situation bien plus courante qu'on ne l'imagine, puisqu'elle concerne environ 1 % de la population générale et jusqu'à 5 % des personnes de plus de 80 ans. Cette plaie, localisée le plus souvent près de la malléole, résiste aux soins classiques et altère profondément la qualité de vie : douleur chronique, mobilité réduite, isolement social. Les soins ulcère de jambe domicile représentent une part importante de l'activité quotidienne des infirmiers à domicile en Belgique. Christian Feukou, infirmier à Berchem-Sainte-Agathe, accompagne régulièrement des patients confrontés à cette réalité, en coordination étroite avec les médecins traitants et les spécialistes vasculaires. Cet article répond aux questions concrètes que vous vous posez si vous ou un proche êtes concerné par un ulcère récalcitrant.
Tous les ulcères de jambe ne se ressemblent pas, et les confondre peut avoir des conséquences graves. L'ulcère veineux représente 70 % des cas : il résulte d'une insuffisance veineuse chronique qui provoque une stagnation du sang dans les membres inférieurs. La plaie est généralement large, peu profonde, suintante, et relativement peu douloureuse. Elle siège typiquement autour de la malléole interne. Les douleurs associées à l'ulcère veineux sont caractéristiquement soulagées par la surélévation des membres inférieurs.
L'ulcère artériel, plus rare (6 à 10 % des cas), est lié à une artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI). Les facteurs de risque spécifiques de cette forme sont le tabac, l'hypertension artérielle, le diabète et l'hypercholestérolémie. Ici, c'est l'apport sanguin qui fait défaut. La plaie est arrondie, profonde, très douloureuse — surtout la nuit — et les pouls du pied ne sont souvent plus perceptibles. Un signe clinique caractéristique permet de la distinguer : le patient cherche à soulager ses douleurs en laissant les jambes pendantes au bord du lit, car cette position améliore le débit artériel — à l'inverse exact de l'ulcère veineux. Enfin, l'ulcère mixte (environ 20 % des cas) associe les deux mécanismes, ce qui complique considérablement le traitement. Cette distinction est déterminante, car poser une compression veineuse sur un ulcère artériel peut aggraver l'ischémie et mettre le membre en danger.
Il faut également savoir que l'ulcère de jambe peut, dans de rares cas, être d'origine non vasculaire : vascularites, pyoderma gangrenosum ou angiodermite nécrotique. Ces formes résistent par définition à tout traitement compressif et requièrent une expertise dermatologique avec biopsie. L'infirmier doit alerter le médecin lorsque la plaie ne répond pas au traitement bien conduit après six semaines, notamment en cas de bourgeonnement atypique, de douleur croissante inexpliquée ou d'hémorragie locale spontanée. C'est pourquoi les soins de plaies à domicile incluent toujours une observation attentive de l'évolution de la lésion, bien au-delà du simple changement de pansement.
L'hyperpression veineuse chronique crée ce que les spécialistes appellent un « piège leucocytaire » : du fibrinogène s'échappe dans les tissus environnants, privant les cellules de l'oxygène indispensable à la synthèse du collagène. L'œdème local comprime les capillaires et aggrave encore cette ischémie cellulaire. Par-dessus tout, un biofilm bactérien — une sorte de couche protectrice formée par les bactéries à la surface de la plaie — entretient une inflammation permanente qui court-circuite les phases normales de cicatrisation.
Dans le cas d'un ulcère artériel, le problème est différent mais tout aussi bloquant : c'est l'insuffisance d'apport sanguin elle-même qui prive les tissus en oxygène. Aucun pansement, aussi perfectionné soit-il, ne peut compenser cette cause à lui seul. C'est la raison pour laquelle des traitements étiologiques chirurgicaux ou interventionnels peuvent s'avérer nécessaires en complément des soins infirmiers. Le phlébologue ou chirurgien vasculaire peut proposer une échosclérose (injection sclérosante sous guidage échographique dans les varices) ou un traitement par laser endoveineux pour supprimer le reflux veineux responsable de l'hyperpression. Ces actes ne relèvent pas de l'infirmier à domicile, mais s'inscrivent dans le parcours de soins complet auquel l'infirmier doit orienter le patient si la cicatrisation stagne.
Plusieurs éléments ralentissent encore davantage la cicatrisation. L'âge avancé (au-delà de 60 ans), le diabète — qui endommage les petites artères et les terminaisons nerveuses —, ainsi que la dénutrition protéino-calorique constituent des freins majeurs. L'immobilité supprime l'action de la pompe musculaire du mollet, indispensable au retour veineux, tandis que le surpoids majore l'hyperpression dans les veines. Le message essentiel à retenir est le suivant : sans traiter la cause sous-jacente, aucun pansement ne peut refermer durablement la plaie.
La douleur est une composante clinique majeure de l'ulcère de jambe, et non un simple désagrément secondaire. Dans une étude portant sur 100 patients hospitalisés pour ulcère de jambe (âge moyen 75 ans), 92 % présentaient des douleurs, et pour 73 % d'entre eux la douleur dépassait 3/10 sur l'échelle EVA. La douleur chronique freine la mobilisation, perturbe le sommeil et favorise le découragement thérapeutique. L'infirmier doit évaluer la douleur à chaque passage et, si nécessaire, anticiper une antalgie locale (gel de lidocaïne, par exemple) avant le soin de plaie, en concertation avec le médecin prescripteur.
Beaucoup de patients s'attendent à une guérison rapide, ce qui engendre découragement et abandon du traitement. Or les données sont sans appel : seulement 20 % des ulcères guérissent en moins de trois mois, 50 % mettent plus d'un an, et 20 % dépassent deux ans. Avec un traitement bien conduit incluant la compression, 70 % cicatrisent en six mois environ. Mais sans compression de maintien à vie après guérison, le taux de récidive atteint 97 %, contre moins de 10 % avec compression.
C'est pourquoi, dès le premier passage à domicile, l'infirmier doit informer le patient de cette réalité pour éviter tout arrêt prématuré du traitement. Un objectif chiffré permet d'ailleurs de détecter un traitement inefficace : la réduction attendue de la surface de l'ulcère est de 20 à 30 % à un mois. Si cet objectif n'est pas atteint à quatre à six semaines, la prise en charge doit être réévaluée sans délai — vérification de l'IPS, adaptation du pansement, bilan nutritionnel, biopsie si bourgeonnement atypique, consultation spécialisée angiologue ou dermatologue. Ce critère est reconnu par les recommandations françaises (Recomedicales.fr) et par l'INAMI belge.
Exemple concret : Mireille Vandenberghe, 78 ans, résidant à Jette, présentait un ulcère veineux de 12 cm² au-dessus de la malléole interne. Après quatre semaines de soins bien conduits avec compression multicouche et pansement hydrocolloïde, la surface de la plaie n'avait diminué que de 8 % — bien en dessous du seuil de 20 %. Christian Feukou a immédiatement contacté le médecin traitant pour signaler la stagnation. Un bilan nutritionnel a révélé un apport protéique de seulement 0,6 g/kg/jour, soit deux fois moins que les besoins de cicatrisation. La mise en place de compléments hyperprotéinés et l'ajustement du pansement (passage à un alginate) ont permis d'obtenir une réduction de 35 % de la surface après le mois suivant.
⚠ À noter : Certains signaux d'alarme nécessitent un contact médical urgent, sans attendre le contrôle habituel. Contactez immédiatement le médecin en cas de : fièvre supérieure à 38 °C associée à une rougeur péri-ulcéreuse extensive, exsudat purulent verdâtre (évocateur d'une infection à germe gram-négatif), traînée rouge remontant vers l'aine (lymphangite), aggravation brutale de la douleur, extension de zones de nécrose, ou absence totale de bourgeonnement malgré quatre semaines de soins bien conduits.
Chaque soin commence par un examen structuré. L'infirmier mesure les dimensions de la plaie et réalise une photo obligatoire dès le premier soin, puis tous les 14 jours — une exigence de l'INAMI belge depuis décembre 2022. Il évalue le lit de la plaie à l'aide de l'outil TIME (Tissue, Infection/Inflammation, Moisture, Edge), un cadre standardisé permettant de qualifier l'aspect de la plaie : fibrineuse, bourgeonnante, nécrotique ou infectée.
La douleur est systématiquement évaluée sur l'échelle EVA à chaque passage (et, lorsqu'elle est significative, une antalgie locale est anticipée avant le soin pour garantir le confort du patient). L'état de la peau autour de l'ulcère est également examiné — macération, hyperkératose ou eczéma de contact sont des complications fréquentes. L'infirmier est également tenu de signaler la plaie au médecin dans les cinq jours suivant le premier soin, et de solliciter un avis médical ou d'un infirmier relais « plaies » toutes les six semaines si la situation stagne.
Le nettoyage s'effectue à l'eau tiède et au savon doux, suivi d'un rinçage au sérum physiologique. Les antiseptiques sont à proscrire sur une plaie chronique, car ils retardent la cicatrisation et peuvent provoquer un eczéma de contact. Si nécessaire, l'infirmier procède à une détersion mécanique — élimination des zones fibrineuses ou nécrotiques — éventuellement préparée par l'application d'un hydrogel pour ramollir les tissus.
Le choix du pansement dépend du stade exact de la plaie :
La peau péri-lésionnelle, fragilisée par l'insuffisance veineuse chronique, est protégée systématiquement à l'aide de pansements non adhésifs ou adhésifs siliconés. Jamais de pansement adhésif classique sur une peau aussi vulnérable. Il faut savoir que l'eczéma de contact péri-ulcéreux est une complication fréquente et souvent iatrogène, causée par une sensibilisation à des produits topiques : baume du Pérou, antiseptiques, fragrances, lanoline et certains conservateurs présents dans les pansements comptent parmi les principaux allergènes responsables. C'est une raison supplémentaire de ne jamais appliquer d'antiseptique sur une plaie chronique, et d'adapter le pansement dès l'apparition de signes d'eczéma sur les bords de la plaie.
La compression est le traitement de référence de l'ulcère veineux. Mais elle ne peut être posée qu'après mesure de l'Index de Pression Systolique (IPS), c'est-à-dire le rapport entre la pression artérielle à la cheville et celle au bras. Cet examen, réalisé avec un doppler de poche sur prescription médicale, exige que le patient soit allongé depuis au moins cinq à dix minutes.
La grille de lecture est précise : un IPS entre 0,9 et 1,3 autorise une compression forte multicouche ; entre 0,6 et 0,9, seule une compression adaptée sous surveillance médicale est envisageable ; en dessous de 0,6, la compression est formellement contre-indiquée — le risque de gangrène est réel. Attention : un IPS supérieur à 1,3 ne signe pas une artère saine, mais indique au contraire une suspicion de médiacalcose, c'est-à-dire une calcification artérielle fréquente chez les patients diabétiques ou âgés, qui rend les artères incompressibles et fausse la mesure. Dans ce cas, l'IPS est ininterprétable et doit être complété par une mesure de la pression systolique au gros orteil (IPSGO) pour orienter la décision compressive en toute sécurité. Une enquête belge (CIPIQ-S, 2008) avait pourtant révélé que ce critère n'était quasi jamais renseigné dans les dossiers de suivi à domicile.
Lorsque l'IPS est compatible, le bandage multicouche doit être porté 24 heures sur 24, y compris la nuit. Retirer la bande le soir annule une grande partie du bénéfice thérapeutique et ralentit significativement la cicatrisation.
???? Conseil : Si vous portez un bandage compressif et que vous ressentez un engourdissement des orteils, une douleur inhabituelle ou une coloration bleutée du pied, retirez immédiatement le bandage et contactez votre infirmier ou votre médecin. Ces signes peuvent indiquer une compression excessive ou un problème artériel non détecté lors de la mesure initiale de l'IPS.
L'alimentation joue un rôle crucial que beaucoup de patients ignorent. Pendant la phase de cicatrisation, il faut apporter entre 1,2 et 1,5 g de protéines par kilogramme de poids corporel et par jour. Pour un patient de 70 kg, cela représente 84 à 105 g de protéines quotidiennes, à puiser dans les viandes maigres, les poissons, les œufs et les légumineuses. Si l'appétit est insuffisant — situation fréquente chez les personnes âgées —, des compléments nutritionnels oraux hyperprotéinés peuvent être prescrits. Les micronutriments clés sont la vitamine C, la vitamine A, le zinc et le fer. L'hydratation doit atteindre 35 ml par kilogramme et par jour.
La surélévation des membres inférieurs est souvent mal réalisée : il ne suffit pas de poser les pieds sur un tabouret. Les jambes doivent être surélevées de 15 à 20 cm au-dessus du niveau du cœur pendant les périodes de repos. En position assise, évitez absolument de laisser les jambes pendantes ou croisées, car ces postures aggravent la stagnation veineuse.
La marche quotidienne — au moins 30 minutes — active la pompe musculaire du mollet, un mécanisme physiologique qui propulse le sang veineux vers le cœur. En cas d'immobilité, des flexions-extensions de cheville (20 répétitions, trois fois par jour) peuvent partiellement compenser. Ces exercices ne servent d'ailleurs pas uniquement à pallier l'inactivité : l'immobilité prolongée entraîne une ankylose de la cheville par modification ostéo-articulaire secondaire à l'œdème chronique. Cette rigidité articulaire supprime partiellement le mécanisme de pompe musculaire du mollet, aggravant directement le pronostic de cicatrisation — une complication mécanique qui peut devenir irréversible si elle n'est pas prévenue activement.
L'hygiène cutanée est également essentielle : un lavage et un séchage soigneux entre les orteils préviennent l'intertrigo, une mycose qui constitue la porte d'entrée de l'érysipèle dans 60 à 70 % des cas. L'érysipèle se manifeste par une « grosse jambe rouge douloureuse », une plaque cutanée chaude aux limites nettes accompagnée de fièvre et de frissons. Le traitement de référence est la pénicilline. En cas de diabète, d'insuffisance cardiaque, d'insuffisance rénale ou d'immunosuppression, l'hospitalisation est immédiate. Si le traitement antibiotique n'est pas efficace dans les 48 heures, une hospitalisation s'impose également. Chaque épisode d'érysipèle attaque les vaisseaux lymphatiques superficiels et peut laisser s'installer un lymphœdème chronique aggravant l'insuffisance veineuse — un cercle vicieux qu'il est impératif de prévenir.
Enfin, après cicatrisation, deux gestes sont absolument indispensables pour ne pas repartir de zéro :
???? Conseil : Prenez l'habitude de mettre vos bas de compression dès le lever, avant même de poser le pied au sol. C'est à ce moment que les veines sont le moins engorgées et que l'enfilage est le plus facile. Si vous avez du mal à les enfiler, demandez à votre infirmier de vous montrer la technique avec un enfile-bas — un petit investissement qui change considérablement le confort quotidien et favorise l'observance à long terme.
La prise en charge d'un ulcère de jambe chronique exige rigueur, régularité et coordination. Chez FC Care, Christian Feukou assure des soins infirmiers à domicile à Berchem-Sainte-Agathe et dans les communes voisines de Bruxelles, avec une approche personnalisée et attentive adaptée à chaque situation. De l'évaluation clinique à la pose de compression, en passant par le suivi photographique conforme aux exigences INAMI et la coordination avec le médecin traitant ou le spécialiste vasculaire, chaque intervention est réalisée dans le respect des recommandations belges en vigueur.
Si vous ou un proche êtes confronté à un ulcère de jambe qui ne cicatrise pas, n'attendez pas que la situation se dégrade. Contactez FC Care pour bénéficier d'un accompagnement professionnel directement chez vous, dans un cadre humain et rassurant où votre confort et votre dignité restent au cœur de chaque soin.